Lavigne, Annie
Description
J’avais quinze ans quand j’ai découvert, en 1991, la poésie d’Émile Nelligan — et l’opéra romantique qui lui était consacré. Cette double révélation m
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’a saisi avec une force que je n’avais jamais ressentie auparavant : d’un côté, la capacité qu’avait le poète québécois de transformer la mélancolie en beauté, de faire chanter la douleur adolescente dans des alexandrins parfaits ; de l’autre, la puissance dramatique de cette œuvre lyrique qui donnait chair et voix aux tourments du jeune homme interné à dix-neuf ans. C’est à cette époque que j’ai ressenti l’urgence d’écrire, comme si les mots de Nelligan avaient réveillé en moi une soif inextinguible d’expression.
L’alexandrin est devenu mon terrain d’expérimentation privilégié. Dans cette forme classique, j’ai trouvé paradoxalement une liberté : celle de donner une structure musicale aux émotions qui bouillonnaient en moi, de discipliner le chaos intérieur par la rigueur du vers. Ces poèmes sont nés de cette tension entre la forme contrainte et l’effusion du sentiment, entre la tradition poétique française et l’élan personnel d’un adolescent cherchant à dire ce qui vivait au plus profond de lui.
Je les offre aujourd’hui tels qu’ils furent écrits à cette époque de ma vie où tout semblait porter l’intensité dramatique de la jeunesse. Ils portent les marques de leur temps — cette période où l’on découvre à la fois la beauté du monde et sa cruauté, où chaque émotion semble absolue et définitive. Puissent-ils témoigner de cette expérience universelle qu’est l’éveil poétique, cet instant où l’on comprend que les mots peuvent transformer la douleur en art.
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