N. Kana, Didier
Description
Le monde est aujourd’hui confronté à une réflexion sur le financement des médias et sur leur indépendance vis-à-vis de leurs propriétaires et des pers
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onnes ou entités qui les financent. En République démocratique du Congo, comme dans la plupart des pays africains, les médias de masse évoluent dans un environnement socio-économique instable. Outre l’absence de redevance et de subventions publiques, les médias congolais sont fragilisés, d’une part, par la faible rentabilité des recettes issues de la publicité, de la vente des journaux, des abonnements et des contrats de prestation, et, d’autre part, par la quête effrénée de prestige de certains professionnels, le manque de formation adéquate pour beaucoup d’entre eux, et surtout l’emprise des puissances financières. La précarité des conditions de travail des journalistes congolais nuit à la qualité de leur production et accroît la tendance à négliger les principes éthiques. Les médias congolais n’hésitent pas à relayer ou à suivre les orientations de leurs propriétaires, annonceurs ou bailleurs de fonds. La soumission aux impératifs commerciaux et la dépendance à l’égard des puissances économiques ont profondément marqué les pratiques professionnelles. Là où l’on attendait un véritable contre-pouvoir, des soupçons de connivence s’installent. L’analyse qualitative des données sur la structure de propriété des médias en RDC, depuis l’ouverture du paysage médiatique en 1990, révèle que l’entreprise de presse congolaise subit la loi d’airain de l’oligarchie. La radio et la télévision publiques fonctionnent comme des armes politiques et idéologiques destinées à contrôler et à manipuler l’information, tandis que les médias privés sont envahis par les élites politico-économiques et religieuses locales. Celles-ci s’appuient sur ces appareils médiatiques pour promouvoir et défendre leurs propres intérêts, au détriment du débat démocratique et de la pluralité des points de vue sur la réalité congolaise.
Les propriétaires des médias, qu’ils soient publics ou privés, ainsi que les bailleurs de fonds, exercent une influence directe sur les contenus diffusés. Ils financent les organes de presse afin de mettre en avant les informations favorables à leur cause. Il en résulte un journalisme de connivence né du financement. Cette collusion entre le pouvoir financier et les médias est déplorable au regard d’un idéal de rigueur, car elle nuit à l’indépendance et à l’impartialité des professionnels et compromet leur liberté d’informer. Il devient donc nécessaire d’intégrer l’approche éthique proposée par Ralph Potter et de créer des plateformes de critique et de revue journalistique pour garantir la qualité et la transparence médiatiques. Il importe également d’encadrer, voire de légiférer, la financiarisation des médias et d’octroyer une aide publique à la presse afin de renforcer l’indépendance des professionnels vis-à-vis des puissances économiques, et ainsi de résoudre les problèmes liés au déterminisme politico-économique dans le fonctionnement des médias en RDC. Le soutien positif de l’État aux organes de presse constitue un levier fondamental pour garantir la liberté d’informer et pour lutter contre l’autocensure et la censure économique.
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